CM 2018: la France fait match nul contre le Danemark et prend la tête du groupe C

La France était déjà qualifiée pour les 8e de finale avant d’affronter mardi, au stade Luzhniki de Moscou, une équipe du Danemark qui, elle, ne l’était pas encore : manière d’opposer des enjeux plutôt individuels – lesquels des six tricolores remplaçants depuis le début de la compétition et titularisés face aux Nordiques allaient être suffisamment bons pour constituer un recours crédible pour la suite du Mondial – à la destinée collective de Christian Eriksen et consorts, sans même parler du cas Antoine Griezmann, en dedans depuis dix jours et dont les coéquipiers attendent le regain comme l’Indien immobile, la main en visière, posté sur une colline.

Les hommes entraînés par Didier Deschamps ont obtenu mardi ce que leur sélectionneur leur demandait : la première place du groupe, qui leur assure leur deuxième tour à Kazan samedi, via un gros 0-0 contre un adversaire aussi frileux et peu engageant que lui, et finalement aussi qualifié pour les 8e que lui. Le premier 0-0 en trente-huit matchs d’une coupe du monde russe autrement vibrante sur les pelouses que lorsque les Bleus y assurent la claque. On a parfois eu l’impression d’assister à une parodie. Et on s’est même surpris à attendre un petit coup d’arbitrage vidéo pour nous aider à traverser le désert que fut cette rencontre, et lui donner un peu de couleur, fut-elle diabolique.

«Ola» foireuse

Les Bleus (en blanc) ont commencé le match en faisant un drôle de truc : bénéficiant de l’engagement, ils se sont fendus d’une séquence de conservation du ballon de… 1 minute 40. Vu des tribunes, ce n’est pas seulement long : c’est insupportable. Autant dire qu’il appartenait aux Danois de faire vivre la rencontre. Mais bon, comme ils n’avaient pas l’intention de jouer les couillons de service en se faisant aspirer pour que les Bleus les piègent en contre-attaque grâce aux jambes de Griezmann ou d’Ousmane Dembélé, les Christensen, Larsen et autre Jorgensen ne l’ont pas fait. Du coup, un confrère a laissé son regard s’attarder sur une consœur montant un escalier quatre à quatre. Aussi désœuvré que lui, on a décidé de le charrier pour rigoler deux minutes.

Une «ola» un peu foireuse a parcouru les tribunes, les supporteurs français ont essayé de lancer une Marseillaise sans succès, les joueurs des deux équipes (Griezmann, Lucas Hernandez, Martin Braithwaite, Eriksen…) se sont laissés tomber dans la surface pour gratter un penalty… n’importe quoi. Depuis Paris, un collègue de Libération nous explique alors qu’il a zappé sans rémission sur une partie de pétanque entre Nice et Villenave-d’Ornon. 0-0 aux citrons à Moscou, où les Danois ont appris que l’Australie, seule équipe du groupe C à menacer leur qualification en cas de succès, est menée par le Pérou à la pause. En gros, les Nordiques ont su qu’eux aussi jouaient pour rire.

Enfin rire… Parmi tous ceux qui ont tapé le ballon mardi sur la pelouse du stade Luzhniki, un seul a donné l’impression de prendre du plaisir : Griezmann, dans un rôle de voltigeur offensif axial qu’il affectionne, cherchant le coup dur (petit pont, passes à haut risque) avec une réussite inégale, certes. Les autres ont mis le nez sur l’établi en attendant que ça se termine. A bien y regarder, l’attaquant de l’Atlético Madrid traîne ce contraste depuis qu’il a posé le pied en Russie : les Bleus font quelque chose et lui une autre, ce qui déplace mécaniquement le barycentre de l’équipe de France un cran derrière, sur le trio Raphaël Varane, N’Golo Kanté et Paul Pogba, ce dernier ayant été préservé mardi.

Tannée

A la 67e minute, Olivier Giroud a pris un coup avant de boiter: les Danois ont tranquillement attendu avec le ballon dans les pieds que l’attaquant tricolore reprenne ses esprits ou la forme, on ne sait ; Eriksen et compagnie n’éprouvant même pas le besoin de sortir la gonfle pour susciter un arrêt de jeu – on joue mais on ne joue pas en gros, Danois et Français dans le même bateau. C’est à partir de là que le public a commencé à s’énerver. On a commencé à entendre des «RU-SSI-A» sonores, lancée depuis la tribune ouest.

Puis, les interminables séquences de conservation de balle des Danois ont été noyées sous les sifflets ainsi que leurs fréquents refus de jeu ; on rentre dans les 30 mètres tricolores puis on remet derrière, les milieux de terrain, puis les défenseurs, puis le gardien… Après cette tannée, les Bleus pourront toujours expliquer qu’ils n’ont pris qu’un but en trois matchs, une solidité comme un préalable à tout ce qui pourra se passer de bon à partir de tout de suite. On leur comptera deux rencontres, pas trois: à Moscou, on n’a pas assisté mardi à un match de football.

Libération