Côte d’Ivoire: le président Ouattara annonce l’amnistie de Simone Gbagbo

Alassane Ouattara a annoncé lundi soir 6 août l’amnistie de près de 800 personnes poursuivies ou condamnées après la crise de 2011 en Côte d’Ivoire, en particulier l’amnistie de Simone Gbagbo, épouse de l’ancien président aujourd’hui emprisonné au centre de détention de la Cour pénale internationale de La Haye.

Le président ivoirien a également annoncé une recomposition de la CEI. Il s’exprimait à la télévision, à la veille de la fête de l’indépendance dans un message télévisé enregistré. Un discours très axé sur le thème de la réconciliation nationale, de l’unité et de la paix.

Plus de 17 minutes de discours et deux annonces majeures visant à apaiser les oppositions. Alassane Ouattara évoque en effet d’abord le processus de réconciliation après la crise postélectorale de 2010 et 2011 qui a fait près de 3 000 morts. Et c’est au nom de la paix qu’il annonce la signature d’une ordonnance ce lundi pour amnistier près de 800 personnes poursuivies ou condamnées lors de cette crise. Cependant, le président ivoirien précise qu’« une soixantaine de militaires et de membres de groupes armés ayant commis des crimes de sang », resteront en prison.

Parmi les personnalités concernées par cette amnistie, Simone Gbagbo, la femme de l’ex-président Laurent Gbagbo, qui purge actuellement une peine de 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Egalement, l’ancien ministre de la Défense Lida Kouassi condamné pour complot et l’ancien ministre de la Construction Assoa Adou condamné pour trouble à l’ordre public. Enfin, Souleymane Kamaraté (dit « Soul to Soul »), proche du président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro.

« En raison de mon attachement à la paix, et à une réconciliation vraie, j’ai procédé ce lundi 6 août 2018 à la signature d’une ordonnance portant amnistie… »

Autre annonce, celle de la recomposition de la Commission électorale indépendante conformément aux recommandations de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Une recomposition qu’il souhaite inclusive pour que les prochaines élections se passent sans violences. Une déclaration saluée par la société civile.

Portrait : Simone Gbagbo, l’ex « Dame de fer » de la Côte d’Ivoire

Simone Gbagbo va donc bientôt recouvrer la liberté. Alors qu’elle purge depuis 2015 une peine 20 ans pour atteinte à la sûreté de l’Etat dans le cadre de la crise postélectorale, l’épouse de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, celle qui a toujours refusé de reconnaître la victoire d’Alasanne Ouattara, va donc bénéficier de l’amnistie prononcée par celui-ci. Ceux qui ont assisté à ses deux procès à Abidjan ont l’image d’une femme souriante, posée, avenante, presque chaleureuse, n’eut été la solennité de la Cour d’Assises où elle a comparu par deux fois en 2015 et en 2017.

Condamnée une première fois à 20 ans de réclusion pour atteinte à la sûreté de l’Etat, acquittée la seconde fois dans son procès pour crime contre l’humanité, Simone Gbagbo n’a jamais reconnu aucun des chefs d’inculpation et la Cour d’Assises d’Abidjan a eu bien du mal à confondre indubitablement l’accusée et ses agissements supposés.

Profondément pieuse

Décrite comme profondément pieuse, cette universitaire, cofondatrice du Front populaire ivoirien a toutes les raisons d’en vouloir à celui qui l’a amnistiée hier soir. Alassane Ouattara aujourd’hui président ivoirien est l’homme qui a battu son mari aux élections de 2010 et dont elle refusait encore lors de son procès de reconnaître la victoire.

Alassane Ouattara était Premier ministre d’Houphouet Boigny lorsqu’en 1992 au cours d’une manifestation de l’opposition qu’elle conduisait avec son mari Laurent, Simone Gbagbo fut arrêtée et sauvagement tabassée par des soldats au camp Gallieni.

Simone Gbagbo, qui jure depuis n’avoir aucune rancœur vis-à-vis de ses ennemis, reste une femme aussi brillante que controversée. Une femme de fer dont on ne saura sans doute jamais quel fut son rôle exact dans les événements de la crise postélectorale ou encore lors de la disparition du journaliste Guy André Kieffer en 2004.

Libération dans les prochains jours

Aujourd’hui, à 69 ans, l’ex-députée d’Abobo, la fille de Moossou, aspire à un besoin impérieux : retrouver son domicile et sa famille, librement, pour la première fois depuis sept ans.

On attend à présent la libération de la première dame incarcérée à l’école de gendarmerie d’Abidjan. Une libération, qui, selon ses avocats, interviendra dans les prochains jours dès que l’ordonnance présidentielle sera transmise à la justice. Pour maître Ange Rodrigue Dadjé, « c’est un grand soulagement. Une grande joie également. Pour le compte de l’équipe de défense, je suis venu lui annoncer ce soir en personne sa mise en liberté et elle m’a regardé, elle a souri et a dit : « Je suis très ravie de cette décision. Je me réjouis de rentrer chez moi à la maison, de retrouver ma famille après 7 ans de détention ». On ne s’y attendait pas vraiment ».

rfi