RDC: sur la route avec les Congolais expulsés d’Angola

Plusieurs centaines de Congolais expulsés d’Angola continuent d’affluer chaque jour à Kamako située à la frontière côté RDC. Un flot moins important que mi-octobre, au plus fort de la crise, mais qui ne se tarit pas. Faute de moyens, ils commencent généralement par s’installer dans des sites de fortunes ou des familles d’accueil, avant pour certains de continuer la route, vers Tshikapa, à 150 kilomètres plus au Nord. Ils partent à pied, et poussent des jours entiers de lourds vélos qu’ils ont pu louer, chargés des biens qu’ils ont pu emporter.

Une femme, visage en sueur, s’abrite du soleil sous un arbre. Elle n’est plus qu’à dix kilomètres de Tshikapa, mais n’a plus la force d’avancer. Six jours qu’avec son mari et leur fils, ils poussent leurs cargaisons, sans quasiment manger : « Nous nous reposons un peu. Nous sommes fatigués. Le voyage est long ».

Vêtements vendus

Emeraude a dû vendre une partie de ses vêtements, des chaises, et des assiettes pour louer ce vélo, 60 dollars, 100 000 francs congolais. Elle n’a aucune idée d’où elle dormira une fois à Tshikapa. Mais elle n’en pouvait plus, dit-elle, d’attendre à Kamako : « Le gouverneur d’ici nous a dit d’attendre là-bas pour nous envoyer à manger, des moyens de transport. Nous sommes restés là-bas un mois. On n’avait rien ».

Un peu plus loin, Alphonse : quatre jours de route, quatre nuits à la belle étoile. Il nous montre la bâche qu’il étale au sol pour dormir le soir : « Quand on arrive dans un village, les gens refusent de nous loger. Même trouver de l’eau c’est très compliqué ».

Pas de quoi manger

Sa famille restée en Angola lui a envoyé de quoi louer son vélo. Mais pas de quoi manger ni affronter les nombreux barrages tenus par l’armée sur la route : « Pour passer, ils t’obligent à donner de l’argent. Et si tu n’en as pas, alors ils te frappent, parfois avec des fouets. Ou ils te prennent ce que tu as. Au dernier barrage, j’ai dû laisser ma lampe torche, car je ne pouvais pas payer ».

Alphonse s’éloigne. On aperçoit une femme enceinte. Expulsée d’Angola elle aussi. Elle peine à reprendre son souffle pour rejoindre son convoi.

rfi